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de Coulon

Introduction

Notice de Paul Louis Auguste

Paul Coulon
Anne Viala
Paul Coulon et sa parenté
L'émigration de la noblesse française
La maison du Faubourg
Propriétés de la famille Coulon
Notes

    Paul Coulon

Notice sur l'origine

de la famille Coulon de Neuchâtel

en Suisse

par Paul-Louis Auguste Coulon

Lorsqu'en Février 1853, j'ai réuni les membres de la famille Coulon pour leur rendre le compte annuel de la caisse de secours qui a été fondée le 26ème d'avril 1825, par moi et mon frère, dans le but de faciliter à nos descendants les moyens de donner une bonne éducation a leurs enfants et de les aider lorsqu'ils en auraient besoin, il a été fait l'observation, très judicieuse, de la facilité avec laquelle les faits les plus intéressants finissent par être oubliés, malgré l'utilité qu'il y aurait a en conserver le souvenir dans les familles, afin que l'expérience des parents ne fût pas, plus ou moins promptement, perdue pour leurs enfants, et pour engager ces derniers a suivre les bons exemples qui leur ont été donnés par leurs ancêtres - Les divers membres de notre famille se sont donc réunis pour me prier, malgré mon âge déjà avancé de soixante et seize ans, et pendant que cela est encore possible, de chercher a rappeler mes souvenirs, en m'aidant des documents qui se trouvent entre mes mains, pour compléter ou au moins pour augmenter de quelques faits intéressants la courte notice donnée dans la généalogie de notre famille au sujet de son fondateur. - Voulant me rendre a leurs désirs, autant qu'il est encore en mon pouvoir de le faire, j'ai consigné ici les faits ci-après, en priant mes après-venants de suivre mon exemple en continuant d'enregistrer tous les faits intéressants qui surviendront par la suite.

Paul Coulon, notre père et grand'père, était fils de Joseph Coulon (1) et de Jeanne Faliès son épouse, de Cornus en Rouergue, où il était né le 12 Septembre 1731.

Les persécutions religieuses de cette époque (2) l'ont engagé à s'expatrier, et il partit à pied de Cornus, son sac sur l'épaule (2), en compagnie de son ami Jacques Carbonnier, pour aller à Genève y compléter leur instruction religieuse et y faire leur première communion.

(1) J'ai entendu plusieurs fois dire à mon père que, dans une année de disette, le prix des grains étant excessif et la misère à son comble, Joseph Coulon son père fit venir de Barbain (3) plusieurs chargements de froment. A chaque marché, il en vendait une certaine quantité toujours au dessous du prix courant; de cette manière le marché fut constamment approvisionné et il réussit à faire baisser rapidement le prix du pain. Le ministre, en ayant été instruit, adressa à mon grand-père la lettre la plus honorable pour reconnaitre son désintéressement et son patriotisme.

(2) A cette époque, les jeunes gens appartenant à de bonnes familles protestantes étaient fréquemment enlevés à leurs parents et disparaissaient sans que l'on sût ce qu'ils étaient devenus; enfermés dans des couvents, ils n'en sortaient qu'après bien des années et après avoir reçu l'ordination comme prêtres. Mon père, encore très jeune, avait été souvent forcé de servir la messe. Il m'a conté qu'un dimanche, les protestants de Cornus et des environs s'étant rendus, par des chemins détournés, au désert pour le culte, ils étaient réunis dans une vaste caverne et, en attendant l'arrivée du pasteur, mon père, quoique l'un des plus jeunes, avait été invité à monter sur une saillie de la roche qui servait de chaire, pour y lire quelques chapitres de la bible. - Tout-à-coup, ceux qui faisaient sentinelles au dehors rentrent effarés, en criant "Cachez-vous, Monseigneur arrive avec les dragons." Aussitôt, tous se retirent au fond de la grotte où ils ne pouvaient être vus. Mais mon père, sans se déconcerter, continue sa lecture. Monsieur d'Isarn, Seigneur de Cornus entre, suivi de deux dragons et apercevant mon père (qui était son petit favori), il lui crie: "Paulet, ah c'est toi petit pendard, descend à l'instant ou je te fais prendre." Mais mon père continue sa lecture sans se laisser intimider. Alors on entendit sortir du fond de la caverne des voix qui crièrent: "Monseigneur retirez-vous, si l'on touche à cet enfant, vous êtes tous morts." Le seigneur trouva prudent de se retirer pour chercher du renfort et le ministre étant arrivé mon père le guida dans sa fuite, en le faisant passer au milieu des blés, heureusement assez élevés pour les cacher.

Les ministres dont on pouvait se saisir étaient pendus ou envoyés aux galères pour la vie. Ce ministre était Rabout St Etienne (4), ami de notre famille, qui, plus tard, fut député, puis président de l'Assemblée Nationale, et partagea le sort des Girondins. J'ai connu à Paris en 1796 son fils Paul Rabout.