L'examen public
qui précéda la ratification du voeu de leur baptême
fut de nature à intéresser en leur faveur tous les. assistants.
Au sortir de la cérémonie, Monsieur Rivier (père de
Messieurs Etienne, Philippe et Théodore Rivier de Lausanne) voulut
se charger de Paul Coulon pour lui faire faire son apprentissage dans sa
maison Rivier & Plantamour (5), qui faisait le commerce en grand des toileries
et des mousselines des Indes; il s'y distingua par sa conduite exemplaire,
sa piété, son intelligence, son activité et l'intérêt
qu'il prenait aux affaires de ses patrons dont il ne tarda pas à
gagner l'entière confiance, et qui, pour se l'attacher davantage,
lui offrirent au bout de quelques années de l'intéresser
dans leur maison.>
Vers cette époque,
Monsieur Jacques-Louis Pourtalès de Neuchâtel, mécontent
d'être tenu trop en sous-ordre dans la maison de son père,
associé de Monsieur Deluze (Mr Jérémie Pourtalès
et Mr Deluze, son associé, étaient deux réfugiés
français) voulut s'émanciper pour s'établir à
son propre compte et faire le commerce des marchandises des Indes qu'il
ne connaissait pas lui-même; chacun lui ayant indiqué le jeune
Paul Coulon dans la maison Rivier & Plantamour comme un expert et premier
connaisseur de ces marchandises, il voulut à toute force se l'associer.
Cependant et malgré les offres les plus brillantes, (1) il n'y réussit
qu'en lui offrant en mariage sa cousine germaine, Mademoiselle Anne Viala,
pour laquelle il connaissait son inclination (6).
Mademoiselle Anne
Viala était fille de Louis Viala fils de Mr Viala de la Salles en
Cévennes, près de Ganges où il était né
le 6 février 1708. - Il avait quitté la France pour fuir
les persécutions religieuses de ces temps-là, s'était
établi à Genève dont il avait obtenu la bourgeoisie
et s'y était associé avec un Monsieur Dunan pour faire le
commerce d'horlogerie et de bijouterie. Leurs principales affaires étaient
en Italie. - il avait épousé Charlotte Mussard, fille de
Mr Mussard bourgeois de Genève et c'est par elle que nous sommes
parents des familles Perchier Cazenove et autres de Genève. La mère
de mon grand-père Louis Viala était Suzanne Pourtalès,
soeur de Jérémie Pourtalès, bourgeois de Neuchâtel
où il avait épousé Esther Deluze, fille de son associé.
Louis Viala a
eu deux filles, Louise, l'aînée, mariée le 13 Décembre
1767 au chancelier Jérôme Emmanuel Boyve et Anne (soit Nanette),
ma mère (2), que mon père avait épousée à
Genève le 28 juillet 1767 à l'âge de 19 ans.
(1) Mr Jacques-Louis
Pourtalès avait offert à mon père de lui faire obtenir
en mariage une jeune veuve fort riche, sa parente Mme Gibolet de la Neuveville (7),
mais mon père lui déclara qu'il n' épouserait jamais
une femme pour son argent, ni une femme plus riche que lui. - Mme Gibolet
a épousé plus tard un patricien bernois.
(2) Louise
et Anne Viala ayant perdu leur mère fort jeunes et leur père
faisant de fréquents voyages en Italie elles furent placées
en pension chez Mr Mallet, pasteur à Céligny où elles
ont fait leur première communion. Ma mère y était
avec son amie de coeur, qui épousa plus tard Mr Théodore
Rivier de Lausanne; elle venait la voir toutes les années, soit
à Corcelles, Neuchâtel ou au Roc.
Ma mère,
après dix ans de mariage était encore si faible et si délicate,
malgré tout ce qu'on avait tenté pour la fortifier, que craignant
qu'elle ne pût pas avoir d'enfants tant que sa santé ne s'améliorerait
pas, mon père décida de la mener aux eaux de Sylvanès
dans la partie la plus sauvage du Rouergue. Ces eaux passaient pour très
fortifiantes et c'était en même temps une occasion pour lui
faire faire la connaissance personnelle de ses beaux-frères et belles-soeurs,
et de toute la famille tant à Millau qu'à Cornus. - Les eaux
de Sylvanès eurent un effet si salutaire et fortifièrent
ma mère au point que sa santé étant parfaitement rétablie,
elle eut ensuite quatre enfants.
A cette époque,
la réputation de bonté de mon père était déjà
si bien établie dans son pays, que ce voyage fut pour lui une suite
d'ovations; partout on voulait le fêter et, entr'autres à
l'Hospitalet, sur le plateau de Larzac, le maître de poste reçut
et fêta mon père comme un ancien ami et comme un bien-faiteur
de son pays; il voulut le conduire lui-même jusqu'à Lodève
et refusa absolument tout payement.
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