En 1793, toute
la noblesse du Rouergue émigra; beaucoup vinrent se réfugier
auprès de mon père. Il les accueillit avec empressement en
logea plusieurs dans sa maison et fit à tous des avances d'argent
plus ou moins considérables, que plusieurs ont remboursées
à leur rentrée en France. (1)
Je me bornerai
à en nommer quelques uns.
Mr de Bonald de
Millau (actuellement Archevêque de Lyon et Cardinal) est venu plusieurs
fois me voir à Paris pour me témoigner sa reconnaissance
de ce que mon père avait fait pour lui et lorsque en 1800 j'ai été
à Millau, il m'a donné une jolie fête à sa campagne
(la Mona) où nous nous rendîmes en nombreuse cavalcade.
Les comtes d'Ure.
Ils m'ont donné à Millau un dîner somptueux pour lequel
mon voisin de table m'a assuré qu'ils avaient dépensé
plus d'une année de leurs revenus.
Le Marquis de
Sambucy de Linas, ancien capitaine de frégate qui, quoique sa main
eût été traversée par un biscayen, n'en était
pas moins un fort bon musicien; pour se rendre utile dans notre famille,
il me donnait des leçons de violoncelle.
La Comtesse de
Montuejols de Millau, chanoinesse de Romiremont et sa nièce, qui
a passé une année auprès de ma mère, l'aidant
à tenir son ménage et lui faisant compagnie.
Mon père
reçut encore chez lui le Chevalier d'Isarn, ancien officier de marine
et ses deux frères. Ils étaient fils de l'ancien seigneur
de Cornus et avaient servi dans le corps de garde de Condé. L 'ainé,
homme fort instruit, est devenu mon précepteur et celui de mon frère;
ses frères à qui mon père avait fait faire un apprentissage
d'horlogerie ont été s'établir à Lyon. J'ai
encore vu leur père à Cornus en 1800; il était très
âgé.
(1) Lors de
l'entrée française en Suisse pour venir piller le trésor
de Berne, les émigrés furent obligés de quitter Neuchâtel.
Mr de Bonald fut s'établir à Heidelberg. - Le marquis de
Sambucy fut placé à Londres chez nos amis Messieurs Agassiz
et Wilson, qui conjointement avec son ami Rubichon de Grenoble l'enverront
comme subrécargue à la Martinique avec une riche pacotille.
Il y a fait une belle fortune et à la Restauration il est rentré
dans les biens de sa famille. - Mesdames de Moustuejols se retirèrent
à Constance où elles établirent un magasin de modes;
à la Restauration elles ont remboursé les Fr. 10.000. que
mon père leur avait avancés, Cette somme a fait la dot de
ma cousine Frémau.
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