Paul Coulon vint
se fixer à Neuchâtel après son mariage. Il acquit la
bourgeoisie en 1767 et fut se loger dans la maison de Mr Jérémie
Pourtalès, père de son associé. Elle est en face de
l'Hôpital de la ville qui n'existait pas alors. Il occupait le second
étage et était alors le seul des associés qui fût
à son ménage, tous les autres mangeaient chez lui; les bureaux
et les magasins se trouvaient dans la même maison au rez-de-chaussée.
Mais quelques années plus tard, mon père ayant quatre enfants
et s'y trouvant trop à l'étroit, voulut acheter la maison
et la possession Brun au faubourg mais le retrait en fut fait la même
année par le capitaine Brun qui avait épousé une riche
veuve.
Mon père
se décida alors (en 1783) à acheter pour y bâtir sa
maison les petits jardins qui se trouvaient au faubourg au Lac, en bise
de la maison Bulot dont son associé avait fait l'acquisition à
l'époque de son mariage avec sa cousine germaine Mademoiselle Rosette
Augustine Deluze, âgée de 15 ans, (ma belle marraine). Mr
J. L. de Pourtalès avait établi ses bureaux au rez-de-chaussée
de sa maison et avait bâti vis-à-vis de vastes magasins ainsi
qu'une maison pour y loger les commis. La maison que mon père a
bâtie et qu'il m'a laissée par son testament, n'a été
occupée par lui qu'en 1786.
En 1779 ma mère
a passé l'été avec ses enfants au Chanet, campagne
de son beau-frère, le chancelier de Boyve. Elle y était à
leur ménage et payait 10 louis d'or neuf par mois pour elle, ses
enfants et sa servante. Plus tard mon père a acheté le Chanet
mais on a profité de la dédite de puitaine, autorisée
par nos anciennes coutumes pour se dédire et vendre cette propriété
à la marquise de Brancony.
Ma mère
aimait a passer la belle saison à la campagne, et désirant
en avoir une dans le voisinage de son amie Madame Meuron de Corcelles,
mon père lui acheta en 1787, de la famille Girard, une petite propriété
à Corcelles près de Concise; elle affectionnait cette localité
et y passait tous les étés. Mais mon père que ses
occupations retenaient à Neuchâtel, trouvant la distance trop
grande, obtint en 1799 que Mr Terrisse, son associé, lui cédat
l'acquisition qu'il venait de faire du Domaine du Roc au dessus de Cornaux
(1). La maison fut rebâtie, le domaine agrandi et d'abondantes eaux
y furent conduites depuis Frochaux.
Mon père
se plaisait à y faire faire des défrichements sous ses yeux.
Il y allait de bonne heure au printemps, revenait tous les samedis pour
passer le dimanche en ville, pour y retourner le lundi avec ma mère
et cela jusqu'à sa mort en 1820 à l'âge de 89 ans.
- Sa vie avait toujours été si régulière que,
sans un effort qu'il avait fait en voyage pour empêcher sa voiture
de verser dans un précipice, nous aurions pu espérer de le
voir atteindre un âge encore plus avancé
(1) Lorsque
mon père fit cette demande à Mr Terrisse, il lui répondit:
"Je n'ai rien à vous refuser, c'est à vous que je dois ma
fortune; vous m'avez sorti des bureaux de la maison Pourtalès où
je serais resté toute ma vie comme simple commis pour me mener avec
vous à Lorient de préférence aux neveux de la maison;
vous m'y avez initié à la connaissance des marchandises des
Indes, ce qui m'a fait choisir plus tard pour chef de la maison de Lisbonne;
c'est à vous que j'ai dû mon avancement et je suis heureux
de trouver cette occasion de vous prouver ma reconnaissance en vous cédant
mon marché. ``
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