En 1807 (le 30ème
d'Août), mon père a acquis de la famille de Watteville de
Berne à la sollicitation de son ami Mr le pasteur Gety (8) de Lausanne
originaire comme lui de Rouergue le domaine de Malessert au canton de Vaud
qu'il m'a laissé par testament. C'était, avant la révolution
de l'année 1798, une terre seigneuriale que l'état de Berne
avait donnée comme récompense nationale au Général
Naegely lors de la conquête du pays de Vaud. Aussi tous les droits
féodaux et honorifiques y avaient été accumulés,
de même que ceux de haute, basse et omnimode justice. Un magnifique
gibet a plusieurs piliers avait été érigé dans
le pré en face du château, enfin la dîme, les lods et
les cens sur toutes les terres environnantes et d'autres encore plus éloignées,
etc. etc. ... tout cela a disparu à la révolution. Cette
propriété a été plus tard considérablement
augmentée par nous et nous avons rebâti les maisons.
En 1807 (le 30 Novembre)
le domaine d'Eclépens dit château dessus a été
acquis de la famille de Gingins; plus tard il a été considérablement.
augmenté par l'acquisition des prés Morès, des bois
de la caisse de Gingins, du domaine Michaud etc.
Cette propriété
est échue en partage à Paul Etienne Coulon mon frère
ainsi que les deux suivantes et le domaine de Corcelles.
Le 7 Juin 1808 mon père
a acquis de Mme Laulard née Muret le domaine d'Eclépens dit
Château dessous.
Le 20 Juillet 1812 il
a acheté de Mme Morel née Berthoud les montagnes la Pidouze
et le Thévenon.
Le 29 Décembre
1814 un domaine de vignes situé à Féchy, Aubonne et
Buchillon a été acheté par lui de la famille de l'avocat
Grenus de Genève.
Le 13 Novembre 1815 mon
père a acheté du capitaine Bégoz d'Aubonne le domaine
de Chanivaz près de Buchillon.
Un nombre considérable
d'acquisitions furent encore faites pour arrondir ces propriétés.
D'autres Neuchâtelois
firent à cette époque de nombreuses acquisitions dans le
canton de Vaud. Mr Terrisse acheta les domaines du château de Dulit
et de la Lignière Mr Louis de Pourtalès les domaines de Loin,
de Serreaux et les prés de Sullens. Ces derniers pour l'hôpital
qu'il venait de fonder. Mr Berthoud de Fleurier le domaine de Naz; Mr de
Meuron-Wolff le domaine de la Outre près de Grandson, etc, etc.
Cela fit beaucoup crier quelques Vaudois envieux qui portèrent leurs
plaintes au Grand Conseil du Canton, disant que les Neuchâtelois
finiraient par acheter toutes les plus belles et les meilleures terres
du Canton. Ils firent si bien qu'il fut défendu aux Neuchâtelois
de faire de nouvelles acquisitions dans le canton de Vaud. Ce n'est qu'au
bout de 12 ans, en 1829, qu'on leur accorda de nouveau des permissions
pour acquérir des terres.
J'ai oublié de
dire que mon père avait été propriétaire conjointement
avec Mr J. L. de Pourtalès et Messieurs Turneisen de Bâle,
de plantations considérables dans les Antilles françaises,
à la Grenade. - Messieurs François et Pierre de Meuron en
étaient les régisseurs. En 1790 Mr de Pourtalès y
envoya son fils ainé Louis pour inspecter ces propriétés.
En débarquant à la Grenade, sa première opération
fut de faire inoculer 300 esclaves nègres pour les soustraire au
danger de la petite vérole qui régnait dans les Antilles
et y causait une grande mortalité parmi les noirs. La mesure réussit
parfaitement, aucun ne succomba à la maladie.
Au commencement de la
Révolution française, les noirs se révoltèrent,
massacrèrent les blancs et brûlèrent tous les établissements.
Les plantations dévastées furent vendues à vil prix
en 1795.
Paul Coulon, mon père,
est mort le 7 Novembre 1820, à l'âge de 89 ans. Par son testament,
il a fait plusieurs legs pieux:
A la maison des Orphelins
de Neuchâtel un legs de livres 8.000.- ancienne monnaye.>
Aux pauvres honteux de
Neuchâtel, un legs de livres 2.000. - ancienne monnaye.
Aux Français réfugiés
et à leurs descendants, livres 4.000. - ancienne monnaye de Neuchâtel.
Le ministère de
la Ville fut chargé d'administrer ces deux derniers legs. Mais en
1848, quelques familles, issues de Français réfugiés,
lui ayant fait éprouver quelques désagréments en demandant
qu'on partage le capital au lieu de la rente, l'administration de ce dernier
a été confiée à la Chambre de Charité
de Neuchâtel.>
Enfin, une somme de 8400.
- livres de Neuchâtel àFr. 14. 000. - de France et convertie
en une rente perpétuelle de Fr. 795. - dans les 5% français
a été inscrite au nom du consistoire réformé
de St Affrique et a servi à fonder à Cornus en Rouergue une
ecole pour les enfants protestants, garçons et filles.
Quelques années
auparavant, mon père avait puissamment contribué à
faire bâtir à Cornus une église protestante.
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